Des Byzantins aux Ottomans
|
|
d’après CHUVIN Pierre, Serbes et Albanais. D’où vient la guerre des peuples, dans L’Histoire, n° 236, Société d’éditions scientifiques, Paris, octobre 1999, p. 96
Pour comprendre l’origine de cette mosaïque de peuples et de religions, il faut remonter au Moyen Age. Les peuples slaves s’installent dans la région au VI° et au VII° siècles. Dans l’ouest de l’ex-Yougoslavie, ils sont évangélisés par les Occidentaux, qui font d’eux des catholiques. Dans l’est, ce sont des missionnaires byzantins qui les convertissent, ce qui en fait des orthodoxes.
Dès cette époque, la partie nord et la partie sud de l’ex-Yougoslavie voient leurs destins se séparer.
Dans le nord, un Etat croate est fondé en 925; la Hongrie l’annexe en 1091. Croatie et Slovénie dépendront toujours plus ou moins de la Hongrie et de l’Autriche.
Dans le sud, c’est d’abord l’empire byzantin qui domine. Mais très vite, un Etat serbe, d’abord vassal de Byzance, devient indépendant en 1180. Il le restera jusqu’en 1389. A cette date, les Turcs Ottomans battent la Serbie à la bataille du Kosovo. Les Serbes célèbrent encore aujourd’hui cette défaite comme une source importante de leur nationalisme. La conquête turque entraîne des effets importants : certains habitants se convertissent à l’Islam, pour des raisons fiscales, surtout au Kosovo, en Bosnie et en Albanie. Un peu plus tard, après leur révolte contre les Ottomans au 17° siècle, les Serbes s’enfuient du Kosovo - qu’ils considèrent comme leur berceau - pour éviter la répression turque : ils sont remplacés par des Albanais. Serbe au départ, le Kosovo devient alors en majorité albanophone.
Ainsi, depuis bien longtemps, l’ex-Yougoslavie est partagée en deux : une partie septentrionale, dominée par les Croates catholiques, tributaire de la Hongrie puis de l’Autriche; une partie méridionale, dominée par les Serbes orthodoxes, tributaire des empires byzantin puis ottoman.
| Un dossier de Jean Schils |
© De Boeck & Larcier S.A. Bruxelles 2000 |