7. Arrivée à Carthage - réactions de rejet


L'exode d'Enée et des Troyens dure depuis de longues années. A diverses reprises, la tempête les a rejetés sur des terres inconnues, d'autres fois, ils ont choisi de relâcher dans des contrées amies. Mais l'accueil qui leur fut réservé ne fut pas partout conforme aux lois sacrées de l'hospitalité en vigueur dans l'Antiquité. Et l'hostilité ne vint pas uniquement de monstres tels que les Harpyes ou les Cyclopes.

C'est ainsi qu'après la terrible tempête provoquée par Junon, et qui avait menacé de les détruire, Enée et quelques-uns de ses compagnons se retrouvèrent sur des côtes dont ils ne connaissaient rien. Par miracle, ils apprennent de la bouche d'une jeune chasseresse - qui n'était autre que Vénus - que la terre où ils ont échoué s'appelle Carthage et qu'une reine, Didon, gouverne la ville nouvelle. Rassuré, Enée se dirige vers Carthage en compagnie de son fidèle Achate. A leur insu, Vénus avait pourtant pris la précaution de les entourer d'une nuée les rendant invisibles.

Parvenus sur une hauteur, les deux Troyens observent l'activité débordante de la cité avant de se mêler à la foule, sans être vus. Lorsqu'ils arrivent au coeur de la ville, ils admirent, non sans l'envier, la reine Didon, éclatante de beauté, qui vient s'installer sur un trône devant le temple où elle se dispose à rendre la justice. Soudain, heureux autant qu'effrayés, Enée et Achate voient approcher une foule menaçante poussant devant la reine leurs compagnons qu'ils croyaient perdus dans la tempête.

Lorsqu'enfin Didon lui donne la parole, le plus âgé d'entre eux, Ilionée, explique qu'ils ont été rejetés par la tempête et la rassure sur leurs intentions. Tout en implorant sa bienveillance, il se plaint de l'accueil qui leur a été réservé : on leur montre les armes, on menace d'incendier leurs bateaux, « Qui sont donc ces gens ? » se plaint-il « Quelle patrie est assez barbare pour permettre de telles moeurs ? Ils nous refusent l'accueil d'une plage; ils veulent la guerre; ils nous interdisent de mettre pied à terre. » Mais il prévient : « Si vous méprisez le genre humain et les armes des mortels, sachez toutefois que les dieux prennent en compte la vertu et le crime. » Leur seul désir : retrouver Enée, leur chef, et réparer leur flotte avant de repartir vers l'Italie si possible, sinon vers la Sicile où ils sont assurés d'un bon accueil.

Avec la sagesse d'une reine, Didon justifie l'accueil qui leur a été réservé : la jeunesse de son royaume lui impose de disposer des gardes sur toutes les frontières. Mais qu'ils se rassurent : elle mettra tout en oeuvre pour faciliter leur départ et enverra des hommes dans les moindres recoins de son royaume pour retrouver leur chef. Elle va même plus loin : « Voulez-vous siéger avec moi dans ce royaume, à droits égaux ? La ville que je construis est la vôtre ; tirez au sec vos bateaux ; Troyens et Tyriens, je ne ferai aucune différence. » Après tant d'années d'errance, la proposition est tentante. C'est alors qu'Enée, brusquement projeté en pleine lumière, apparaît dans toute sa beauté devant Didon qui en reste bouche bée. Elle s'empresse de mettre tout en oeuvre pour que l'accueil de Carthage soit somptueux. Elle ne savait pas encore que c'était pour elle le premier jour de ses malheurs !