2. Les chemins de l'exil


Avant de le voir disparaître à jamais, Créüse avait indiqué à Enée qu'il parviendrait finalement sur les bords du Tibre, en Hespérie, où il fonderait sa ville. Dès que leur flotte est construite, les Troyens partent donc à la recherche de cette terre promise : ils mettront longtemps à la trouver. 
Ils sillonneront la Méditerranée du nord au sud et d'est en ouest. Plus d'une fois, ils croiront être arrivés et construiront ce qu'ils croyaient être leur ville. Mais le destin en avait décidé autrement : chassés tantôt par des arbrisseaux sanglants, tantôt par la peste, ils s'enfuient plus loin, toujours plus loin, à la recherche d'une patrie qui se refuse à eux. Les devins ne leur sont d'aucune utilité : leurs indications sont tellement obscures qu'elles ne peuvent que les égarer. Hélénus leur dit par exemple : « quand, sur les rives d'un fleuve italien, vous verrez une truie blanche allaitant ses trente petits à l'ombre d'un chêne, vous saurez que le terme de vos épreuves est arrivé : c'est là que vous jetterez les bases de votre futur empire. » Précision utile ! 

En plus des erreurs de cap bien compréhensibles, leurs embarcations devront aussi essuyer de multiples tempêtes. La plus terrible faillit bien les détruire tous alors qu'ils touchaient presque au but. Ici encore, ce sont les dieux qui tiraient les ficelles. En effet, Junon voyait avec une certaine inquiétude ces misérables exilés Troyens se diriger vers l'Italie où, se disait-il dans le cercle des dieux, ils devaient fonder un empire rival de Carthage. Leurs descendants allaient même détruire la ville qu'elle protégeait. Décidée à empêcher pareil destin, elle se précipite chez le dieu des vents, Eole, et, avec des paroles mielleuses accompagnées de cadeaux aussi tentants, elle le persuade de déchaîner une immense tempête sur la mer. Eole ne se fait pas prier davantage et libère tous les vents enchaînés dans une grotte au fond de la mer. La flotte troyenne est en perdition : de nombreux vaisseaux semblent engloutis, les armes et les trésors de Troie flottent sur les vagues démontées. Mais d'autres dieux veillent, particulièrement Vénus qui court supplier son père, le grand Jupiter. Et Neptune, le dieu de la mer, qui n'admet pas qu'on bouleverse son royaume à son insu. Il lève donc sa belle tête au-dessus des eaux et aussitôt les vents à toute vitesse regagnent leurs cavernes.
Enée est sain et sauf. Mais où sont ses compagnons ? Rejetés sur les rivages de Libye, ils y rencontreront la belle Didon. Mais ceci est une autre histoire.